Bitcoin et la « cyclicité » : mythe rassurant ou analyse sérieuse ?

Depuis plusieurs années, une grande partie du discours autour du Bitcoin repose sur une idée centrale : la cyclicité.
Halving, cycles de quatre ans, bull run « inévitable », bear market tout aussi attendu. Le récit est bien huilé, presque confortable.

Mais une question mérite d’être posée franchement :
Peut-on vraiment parler d’analyse sérieuse quand on attend un phénomène supposé téléphoné et prévisible ?

Ce que les partisans de la cyclicité avancent

Les défenseurs de cette vision s’appuient principalement sur trois éléments :

  • Les données historiques : depuis 2012, les grandes phases haussières ont suivi les halvings.
  • La raréfaction programmée : la réduction de l’émission est censée mécaniquement influencer le prix.
  • La répétition des comportements humains : euphorie, excès, correction, oubli, puis retour.

Pris isolément, ces éléments ne sont pas absurdes. Le problème commence quand ils sont présentés comme un mécanisme quasi déterministe.

Là où le raisonnement devient fragile

1. Un échantillon statistique ridiculement faible

Bitcoin existe depuis un peu plus de quinze ans.
Parler de cycles robustes sur trois ou quatre occurrences relève plus de la narration que de la science.

En finance, on ne qualifierait jamais cela de série temporelle exploitable à haut niveau de confiance.

2. La confusion entre corrélation et causalité

Que des hausses aient suivi des halvings ne prouve pas que :

  • le halving en est la cause principale,
  • ni que cela se reproduira à l’identique.

Le marché de 2013, celui de 2017 et celui de 2021 n’ont rien à voir en termes de liquidité, d’acteurs, de régulation ou de macroéconomie.

3. Une prophétie auto-réalisatrice

Plus une idée est répétée, plus elle influence les comportements.

  • Les investisseurs achètent « avant le halving »
  • Les médias amplifient le récit
  • Les flux se synchronisent

Le cycle devient alors un artefact social, pas une loi de marché.
Cela fonctionne… jusqu’au jour où cela ne fonctionne plus.

L’analyse technique : outil ou illusion de contrôle ?

L’analyse technique n’est pas inutile en soi. Elle est efficace pour :

  • lire le comportement collectif,
  • identifier des zones de liquidité,
  • gérer le risque à court ou moyen terme.

Mais elle ne transforme pas un actif aussi jeune, politique et narratif que le Bitcoin en métronome prévisible.

Croire l’inverse, c’est confondre lecture du passé et capacité de prévision.

Ce que le Bitcoin est réellement

Bitcoin n’est pas :

  • une action avec des flux de trésorerie,
  • une matière première classique,
  • un actif mûr.

C’est à la fois :

  • un objet technologique,
  • un actif monétaire expérimental,
  • un symbole idéologique,
  • un terrain de spéculation mondiale.

Réduire cela à une simple courbe cyclique est intellectuellement confortable, mais analytiquement pauvre.

Alors, être sceptique est-il une erreur ?

Non.

Être sceptique face à une cyclicité présentée comme évidente, c’est au contraire :

  • refuser les récits trop propres,
  • éviter les certitudes paresseuses,
  • garder une posture d’analyse ouverte.

Le vrai danger n’est pas de douter des cycles.
Le vrai danger, c’est de les prendre pour des lois naturelles.

Conclusion

La cyclicité du Bitcoin est un récit utile, parfois opérant, mais jamais garanti.
Elle aide à structurer des attentes, pas à prédire l’avenir.

Dans un marché aussi jeune et mouvant, la seule position vraiment rationnelle reste la prudence intellectuelle.

Le jour où le cycle « évident » échoue, ce ne sera pas une anomalie.
Ce sera simplement le marché qui rappelle qu’il ne doit rien à nos graphiques.

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